Alexandre Desplat: l’homme qui compose plus vite que son ombre!

by HFPA January 8, 2015

Le cas Alexandre Desplat est prodigieux. Comme autrefois Maurice Jarre ou George Delerue, il s’est imposé comme LE compositeur qui représente la réussite de la musique française à Hollywood. Mais surtout, tout court, comme l’un des compositeurs de musiques de films le plus demandé du monde.

Issu d’un beau métissage musical et culturel (mère Grecque et père Français qui ont fait leurs études et se sont mariés en Californie), ce séduisant brun né à Paris en 1961 doté d’une solide formation en musique classique, a toujours rêvé de composer pour le cinéma.

Alors qu’il est déjà un vétéran en France, c’est sa collaboration avec Jacques Audiard, notamment sur De battre mon coeur s'est arrêté, qui éveille l’intérêt d’Hollywood où il perce enfin, en 2003, quand il signe la bande-originale de La jeune fille à la perle

Depuis, la musique s’est emballée. A son actif, Alexandre Desplat compte quelques cent cinquante musiques de films aussi variées que possible : de La boussole d’or à The Tree of Life en passant par Le discours d’un roi ou Benjamin Button, il saisit toutes les nuances, aussi bien dans les films d’auteurs que dans les blockbusters… Il a plus de récompenses qu’on ne peut les énumérer, dont un Golden Globe (en 2007 pour Le voile des Illusions), six nominations aux Oscars…

Et cette année encore, outre The Imitation Game pour lequel il est nommé aux Golden Globes, Alexandre Desplat a composé staccato les partitions de Invincible d’Angelina Jolie, de The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, et du remake de Godzilla, confirmant encore sa versatilité et sa réputation de rapidité et efficacité d’exécution : The Imitation Game a été orchestré en trois semaines ! “Vous ne pouvez pas écrire pour le cinéma si vous ne savez pas être rapide”, expliquait-il modestement à la BBC News en décembre dernier. “Avoir trois semaines entre le jour où vous signez le contrat et celui ou vous terminez la dernière session d’enregistrement est fréquent. C’est aussi comme ça que j’ai fait La reine de Stephen Frears. Cela peut-être parce qu’un autre compositeur s’est retiré du projet au dernier moment, ou parce que les producteurs se décident tard pour la musique”.
  
Etre constamment sollicité n’est pas pour lui déplaire puisqu’il confesse ne connaître aucun jour de repos. La clé de son talent: une approche du rapport de la musique aux images, à la fois appliquée et “spirituelle,” et très libre, usant de toutes les influences musicales. Un grand respect de l’oeuvre de ses idoles (comme John Williams à qui il a succédé dans la série des Harry Potter pour Les reliques de la mort). Mais aussi ses nombreux liens amicaux tissés avec les réalisateurs qui ne manquent pas de refaire appel à lui. Qu’il s’agisse de Roman Polanski (quatre films ensemble dont The Ghost Writer), Wes Anderson (The Grand Budapest Hotel est leur troisième film), Matteo Garrone avec qui il a déjà travaillé deux fois, ou encore George Clooney qui lui a même donné le petit rôle “d’Emile” dans Monuments Men.
 
Et quand ce passionné rappelle que la musique qui lui a donné envie de faire ce métier est une mélodie de Spartacus composé par Alex North, qu’il fredonnait enfant, cette phrase de Stanley Kubrick vient à l’esprit:“ Un film est – ou devrait être – plus comme de la musique que de la fiction. Il devrait être une progression d’humeurs et de sentiments. Le thème, ce qui se trouve derrière l’émotion, le sens, tout cela vient après”.  Réécoutez la bande originale de The Imitation Game : la façon dont les notes se concentrent sur le mécanisme du cerveau du mathématicien Alan Turing joué par Benedict Cumberbatch : la phrase du réalisateur de Spartacus pourrait s’apposer au travail si subtil et inspiré d’Alexandre Desplat.