Diego Luna: «Il faut écouter au lieu de crier»

by Henry Arnaud September 2, 2020
Actor and producer Diego Luna

armando gallo/hfpa

Producer and host of the “food and philosophy” Amazon series Pan Y Circo, the Mexican actor hopes to use the format to create a dialogue about important issues in today's society. Far from his usual acting job.

L'acteur mexicain espère aider à créer un dialogue en produisant le programme Pan Y Circo dont il est également le présentateur sur Amazon Prime Video. Au lieu de jouer la comédie, Diego Luna laisse parler l'homme engagé qu'il est devenu au fil des ans.

Pourquoi avoir abandonner provisoirement le cinéma pour présenter et produire Pan Y Circo?

Je vis au Mexique où de nombreux sujets affectent la société. J'ai réalisé que cela ne se limite pas à mon pays. La violence contre les femmes comme beaucoup d'autres sujets affectent le monde entier. De nos jours, tout le monde crie. Les réseaux sociaux sont le meilleur exemple de cette haine dangereuse où plus personne ne prend le temps d'écouter et de réfléchir. Nous vivons de plus en plus dans des sociétés polarisées que cela soit aux USA, au Mexique, au Brésil... Cela est très dangereux d'avoir des peuples qui s'opposent farouchement sans aucun débat. Il faut écouter au lieu de crier pour apprendre.

Comment se déroule votre programme?

Mon idée de base était de créer une émission en tant que citoyen pour participer à des discussions ouvertes. Et comme j'adore manger, j'ai eu l'idée d'y associer des chefs de cuisine en leur demandant qu'ils inventent des plats qui peuvent raconter une histoire. Je suis obsédé par la nourriture (rires). Pan Y Circo me donne l'opportunité d'oublier un peu mon job d'acteur et de parler du vrai monde, de ce qui se passe dans notre quotidien et qui devrait tous nous concerner. 

Quelle est la balance entre la cuisine et le débat dans une émission?

Tout tourne autour de la conversation. Mon but est d'écouter les témoignages des gens que j'invite autour d'une table. Je veux pouvoir confronter des idées avec des gens qui ont différentes nuances d'un problème sans jamais aller à la violence ou aux cris. Chaque chef invité prépare trois plats qui permettent de séparer l'émission en trois parties. L'entrée nous permet d'apprendre qui nous sommes. Le plat principal est le moment de s'asseoir à table pour une discussion approfondie. Et le troisième plat doit nous amener à parler du futur. C'est fascinant car dans chaque émission, il y a un moment où l'on peut sentir la discussion s'envenimer mais avec la présence de la nourriture, les esprits se calment rapidement et l'on évite la violence vocale qui est toxique.

Est-ce facile d'avoir des gens qui s'opposent?

Sur certains sujets comme les changements climatiques par exemple, je ne voulais pas avoir un participant qui nie l'existence de ce phénomène. Mon but était d'avoir des gens avec différentes opinions sur l'attitude à adopter.

Vous demandez à tous vos invités de déposer leurs téléphones dans une boite en arrivant. Pourquoi?

Pour éviter toute distraction. C'est incroyable les échanges plus intéressants que l'on peut avoir sans son téléphone posé dans un coin de la table car il n'y a plus la tentation de répondre à un texto ou regarder ses emails.

Beaucoup de comédiens évitent de parler politique pour ne pas s'engager. En quoi est-ce différent pour vous?

J'habite au Mexique, un endroit que j'aime mais qui est plein de contradictions et de challenges. Avec les nombreuses fractures de notre société, il est important de s'engager pour rapprocher les gens. J'essaye de faire cela aussi au cinéma depuis des années en choisissant des rôles qui peuvent faire réfléchir le spectateur.