Jean Reno : « Quand est-ce qu’on va arrêter d’être raciste? »

by Hervé Tropéa June 12, 2020
Actor Jean Reno

BorjaB.Hojas/COOLMedia/NurPhoto via Getty Images

Considéré comme l’un des acteurs français à s’expatrier le mieux à l’étranger, Jean Reno, toujours en plein confinement dans sa maison de Provence, se confie sur son expérience dans Da 5 Bloods sous la réalisation de Spike Lee.

Quand on travaille avec un réalisateur comme Spike Lee, quel est le plus gros défi à relever ?

C’est en fait comme avec n’importe quel réalisateur, le défi est d’être simplement à la hauteur. Quand vous arrivez le premier jour sur un tournage, vous avez un certain rêve de ce que vous souhaitez faire ou vous pouvez faire. Parfois, vous vous trompez car vous n’êtes pas à la hauteur de votre rêve. Je crois que l’important lorsque vous travaillez avec un réalisateur comme Spike Lee c’est de ne pas être à côté de la plaque. Il a dix ans de moins que moi et il se comporte comme s’il avait vingt ans. Il est léger et il ne maltraite pas ses équipes. En revanche, il est important de comprendre ce qu’il attend de vous.

Et avez-vous compris ?

Oui, je pense avoir répondu à ce qu’il souhaitait et avoir assez vite compris ce qu’il voulait. Il était important pour lui que j’incarne ce marchand, un genre d’homme du XIXème siècle, qui est en fait une sorte de colonialiste un peu attardé. C’est un film qui est un peu mêlé avec l’histoire de la France au Vietnam puis avec les Etats-Unis. Je crois que le danger était de s’enfermer sur la portée du film car elle vous dépasse rapidement. Quand le film est terminé, il n’est plus vraiment de votre responsabilité.

Justement, comment analysez-vous cet incroyable « timing » de la sortie de ce film qui survient en pleine période de révolte ?

Ce fut peut-être un signe de l’au-delà mais je vous rappelle aussi que ce timing n’a pas été si bon que ça pour lui puisqu’il aurait dû être le Président du jury du Festival de Cannes et, finalement, tout s’est effondré à cause de la pandémie du coronavirus. Il y a eu en effet cette incroyable coïncidence entre la sortie de ce film et cette horreur qui vient de se dérouler aux Etats-Unis ! Moi, je me pose régulièrement la même question : « Quand est-ce qu’on va arrêter d’être raciste ? Quand est-ce que, comme disait mon ami Claude Nougaro, nous allons enfin comprendre que lorsqu’on se taille la peau, la couleur de notre sang est rouge pour tout le monde ! ». Honnêtement, ça fait mal et c’est vraiment triste de constater qu’il y a des hommes et des femmes qui ne comprennent toujours rien !

Avec du recul, comment analysez-vous votre carrière qui n’est pas seulement française et américaine mais réellement internationale ?

J’ai la chance d’avoir tourné des films qui ont bien voyagé. Comme disait Gérard Depardieu, il y a des films qui voyagent et d’autres films qui ne voyagent pas du tout. Il a tout à fait raison. Vous savez, je n’ai pas eu peur de partir loin voyager au détriment sans aucun doute de certains de mes mariages qui ont explosé en plein vol. Je crois que l’histoire de mon succès s’explique en fait par le simple fait de prendre sa valise. On en parle d’ailleurs encore aujourd’hui avec ma femme qui a également passé son enfance à voyager et à se retrouver entre différents pays. Je n’ai pas eu peur de me rendre au Japon, de parler et rencontrer beaucoup de gens dans le monde entier. J’ai eu de la chance mais je ne suis pas resté chez moi les bras croisés. J’ai aussi tout fait pour entretenir la flamme.