Joie de Vivre: «Certains l’aiment chaud »

by Juliette Michaud and Jean-Paul Chaillet May 5, 2020
A scene from "Some Like it Hot", 1959

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“Personne n’est parfait” : mais Billy Wilder, Marilyn Monroe, Jack Lemmon et Tony Curtis, eux, frôlent la perfection dans Certains l’aiment chaud, le chef-d’œuvre de la comédie américaine, un film « champagne » à voir et à revoir sans modération.

“Je vais te dire… c’est un sexe complètement différent !” C’est Jack Lemmon déguisé en femme qui parle, et le ton est donné ! Tourné en 1958, Certains l’aiment chaud est inspiré d’un vieux scénario de Robert Thoeren et Michael Logan, Fanfare d’amour, transposé déjà deux fois au préalable à l’écran, et qui n’a pas échappé à la sagacité de Billy Wilder. Il va en faire la folle aventure de deux musiciens sans le sou qui doivent en quatrième vitesse échapper à la pègre de Chicago, après avoir assisté au massacre de la Saint-Valentin. Que faire pour se cacher de redoutables gangsters par un glacial hiver de 1929 ?  Mais passer pour des filles dans un groupe de jazz féminin à bord d’un train en route pour la Floride, bien sûr !

« Cela sera un désastre ! » aurait dit David O. Selznick à Billy Wilder. « Vous ne pouvez pas mélanger comédie et meurtre ! » De quoi défier le roi de la comédie grinçante, alors qu’Hollywood, à la fin des années cinquante, cherche son second souffle. Dans Certains l’aiment chaud, non seulement le réalisateur de Sunset Boulevard rend hommage aux films de gangsters trépidants des années 30, en enrôlant notamment l’acteur spécialiste du genre George Raft. Mais en plus il y appose Marilyn Monroe et deux acteurs travestis en femmes, dans ce qui va devenir un incontournable plaidoyer pour la différence.

C’est Mitzi Gaynor qui doit au départ incarner la chanteuse au cœur d’artichaut Sugar Kane kowalczyk. Mais quand Marilyn Monroe, qui a tourné avec Billy Wilder Sept ans de réflexion, se montre intéressée par le projet, le réalisateur et son complice I.A.L Diamond s’attellent à la machine à écrire pour lui confectionner du sur mesure. C’est même à la suggestion de la star, déterminée à transcender ce énième rôle de blonde écervelée, que le tandem réécrit son entrée en scène. En clin d’œil à la fameuse bouche d’aération de métro qui soulevait sa jupe dans Sept ans de réflexion, Wilder et Diamond rajoutent du jour au lendemain le détail qui change tout :  alors que Marilyn arrive entre deux wagons en chaloupant, un jet de vapeur la fait sursauter en lui frôlant les fesses. Cette fois, Marilyn fait une entrée digne de Marilyn Monroe !

Sublimée par le noir et blanc soyeux du chef opérateur Charles Lang (le noir et blanc seyait mieux au travestissement, Marilyn fit une entorse à son contrat qui stipulait qu’elle ne devait tourner qu’en couleur), et par les costumes sexy d’Orry-Kelly, étourdissante de naïveté et sensualité mêlées, Marilyn Monroe nous fait fondre lorsqu’elle susurre le célèbre Poo poo pee doo! de la chanson "I wanna be loved by you".

Face à elle, perché sur leur talons hauts, Jack Lemmon (Frank Sinatra avait passé son tour, Jack Lemmon tournera en tout sept films avec Billy Wilder) et Tony Curtis, le beau gosse de l’époque, sont géniaux. La séquence où un Jack Lemmon possédé danse le tango et joue des maracas avec l’inénarrable Joe. E. Brown, ou le final et son légendaire « Personne n’est parfait », sont à eux-seuls les meilleurs remèdes anti-crise que nous pouvons vous prescrire.

Le plus désopilant des films connut un tournage au bord de la crise de nerf avec une Marilyn sans cesse en retard et un Billy Wilder prêt à craquer. Mais seul le résultat compte ! Sur fond de jazz endiablé, Certains l’aiment chaud, avec son tempo, ses dialogues et son casting parfait, fait toujours autant rire soixante-et -un ans après sa sortie. Le film remporta trois Golden Globes – meilleure comédie, meilleure actrice de comédie pour Marilyn Monroe, meilleur acteur de comédie pour Jack Lemmon, et on le trouve toujours numéro un au classement de l’American Film Institute des 100 meilleures comédies de tous les temps.

 

Poster for "Some Like it Hot", 1959

lmpc/getty images

Certains l’aiment chaud. De Billy Wilder (1959). Avec Marilyn Monroe, Jack Lemmon, Tony Curtis, Joe E. Brown, George Raft, Pat O’Brien, Edward G. Robinson Jr.