Joie de Vivre: "Chantons sous la pluie"

by Juliette Michaud and Jean-Paul Chaillet April 22, 2020
A scene from "Singin' in the Rain", 1952

mgm/michael ochs archives/ getty images

Le confinement vous pèse ? Cette semaine, chantez, dansez et soyez à nouveau heureux avec la meilleure comédie musicale hollywoodienne de tous les temps : le chef-d’œuvre de Stanley Donen et Gene Kelly, Chantons sous la pluie.

Don Lockwood et Lina Lamont forment LE couple star du cinéma muet. Adulés du public, toujours amoureux à l'écran, alors que dans la vie, ils se détestent. À l'arrivée du cinéma parlant, la voix de crécelle de Lina menace leur tandem...

Besoin d’espoir alors que le rideau est tombé sur les tournages et les salles de cinéma, et que l’on manque cruellement de happy endings ? Voici le film le plus optimiste et énergique jamais tourné sur les coulisses d’Hollywood, et sur l’aptitude de « l’Industrie » à faire face aux changements d’époques. Car si l’intrigue de Chantons sous la pluie est ancrée dans le laborieux passage du muet au parlant, le film, lui, est tourné au début des années cinquante. Et c’est bien sûr en fait de l’avènement de la télévision aux États-Unis qu’il s’agit ici, et du pouvoir de la création artistique pour s’adapter à une nouvelle donne.  C’est même ce thème sophistiqué de Chantons sous la pluie qui en fait un film toujours aussi résolument moderne et pertinent, 68 ans après sa sortie. En même temps que la comédie musicale la plus éblouissante, la plus joyeuse, et la plus mythique de tous les temps, véritable quintessence de l’âge d’or de la MGM et de son savoir-faire.

Chantons sous la pluie, c’est un festival de joie de vivre et de couleurs éclatantes, une succession non-stop de chansons et numéros de danse tous plus imprévisibles, vertigineux et réussis les uns que les autres. C’est la robe verte, les jambes interminables et la coiffure Louise Brooks d’une Cyd Charisse sortie de nulle part pour vamper le pauvre Gene Kelly, dans l’incroyable ballet de plus de 13 minutes de "Broadway Melody". C’est la candeur pétillante de la jeune actrice Kathy, jouée par une débutante de 19 ans nommée Debbie Reynolds, qui se retrouve à doubler Lina, cette “blonde idiote” à la voix haut-perchée.  (Formidable Jean Hagen dans un rôle prévu au départ pour Judy Holliday. Une Jean Hagen qui se retrouva, par une de ces ironies typiquement hollywoodiennes, à doubler Debbie Reynolds dont la voix n’était pas assez aigue !). C’est la folie anarchique du personnage de Cosmo joué par Donald O’Connor, cet infatigable prodige du vaudeville au visage élastique. La perfection, l’alchimie et le dynamisme de son duo de claquettes avec Gene Kelly dans "Moses Supposes", où il trouble le cours d’un prof de diction pompeux, est tout simplement étourdissant. C’est son anthologique "Make’em Laugh" tout seul avec un canapé et un mannequin de chiffon, et le jubilatoire "Good Morning" où les trois artistes (Cosmo, Kathy et Don) célèbrent leur conversation productive de la nuit. Un numéro à la fin duquel ils s’emparent chacun d’un parapluie, annonçant la légendaire séquence à venir, d’une simplicité désarmante, le Singing in the rain d’un Gene Kelly amoureux donnant des grands coups de pieds dans des flaques d’eau.

Gene Kelly. Le pendant viril et « cool » de Fred Astaire. Le Marlon Brando de la danse.  Son sourire à toute épreuve cachait un talent phénoménal. Star récalcitrante, Gene Kelly et son complice lui aussi chorégraphe Stanley Donen avaient révolutionné le genre de la comédie musicale quatre ans plus tôt avec Un jour à New York, premier musical « réaliste » tourné en extérieurs. Réunir le tandem Gene Kelly et Stanley Donen, le grand producteur de la MGM, Arthur Freed, ancien parolier, s’en frottait les mains et dépoussiéra pour l’occasion un vieux catalogue de ses propres chansons (composées avec Nacio Herb Brown), dont son Chantons sous la pluie que toutes les stars d’Hollywood avaient déjà scandé. Il n’y avait plus qu’à mettre l’incontournable tandem de scénaristes compositeurs Betty Comden et Adolph Green sur le coup, dévergonder la sublime danseuse de ballet Cyd Charisse, et envoyez la musique !

À sa sortie, pourtant, Chantons sous la pluie obtint un succès mitigé. Seul Donald O' Connor remporta le Golden Globe du meilleur acteur, dans la catégorie comédie ou comédie musicale. Peut-être est-ce parce qu’un an plus tôt, Gene Kelly, la MGM et Vincente Minnelli avait mis la barre tellement haut avec le merveilleux et « plus sérieux » Un américain à Paris.

Le temps a bien sûr donné raison au génie de Gene Kelly et Stanley Donen. Classée meilleure comédie musicale de tous les temps par l’American Film Institute, l’irrésistible Chantons sous la pluie se voit et revoit à chaque fois comme si c’était la première. Avec le même plaisir, et la même impulsion, soudain, d’être « happy again ».

 

Poster for "Singin in the Rain", 1952

lpmc/mgm/getty images

Chantons sous la pluie. De Stanley Donen et Gene Kelly. Avec Gene Kelly, Cyd Charisse, Debbie Reynolds, Donald O’Connor, Jean Hagen, Millard Mitchel.