Joie de vivre: "Indiscrétions" de George Cukor

by Juliette Michaud and Jean-Paul Chaillet May 22, 2020
A scene from "The Philadelphia Story"

MGM

Des répliques pleines d’esprit et de sous-entendus qui fusent, du champagne, beaucoup de champagne, Katharine Hepburn qui oscille entre Cary Grant et James Stewart, George Cukor en pleine possession de ses moyens, l’amour sublimé et la haute société malmenée… Voilà tout ce qu’on aime à Hollywood, réuni en une étincelante comédie de manière où l’on porte peignoirs chics au bord de la piscine, smokings, et robe longue scintillante jusqu’au petit matin. Katharine Hepburn y campe Tracy Lord, une mondaine excentrique de la bonne société de Philadelphie sur le point de se remarier, quand arrivent une poignée d’invités indésirables, parmi lesquels un couple de journalistes fouineurs, et son premier mari, C.K. Dexter Haven.

Katharine Hepburn et George Cukor. Ils ont travaillé dix fois ensemble, Indiscrétions est un de leur meilleur film, véritable quintessence de la comédie sophistiquée hollywoodienne. Produit par la MGM en 1940, d’après une pièce de boulevard écrite spécialement par Philip Barry pour Katharine Hepburn, et qui a connu un énorme succès à Broadway, ce film arrive pourtant à une période où Kate n’est pas aimée à Hollywood. Depuis quelques années, le public est dérouté par son caractère impétueux, son androgynie affichée et son indépendance. En un mot, sa modernité. Les exploitants de salles, eux, l’ont baptisée, comme Bette Davis à la même époque, « Box-Office poison ». Résultat, si tous les studios à Hollywood se battent pour adapter Indiscrétions au cinéma, personne ne pense à Katharine Hepburn pour en tenir la vedette. 

La star s’est heureusement réservé les droits d’adaptation de la pièce (avec l’aide de son amant et associé Howard Hugues), ce qui lui permet de négocier férocement avec les studios. C’est Katharine Hepburn qui impose à la réalisation George Cukor - droit sorti du jubilatoire The Women pour la MGM - mais aussi son ami Donald Ogden Stewart pour écrire le scénario définitif.

Seul hic pour Katharine Hepburn, elle n’a pas le droit de choisir ses partenaires masculins. Elle veut Spencer Tracy et Clark Gable, elle aura Cary Grant, avec qui elle a déjà tourné trois films dont L'impossible M. Bébé d'Howard Hawks. Et un James Stewart en état de grâce : pour sa magnifique interprétation du personnage de Mike Connor, écrivain frustré snobant les riches mais enivré par Tracy Lord, il obtiendra en 1941 le seul Oscar de sa carrière.

Être tiraillée entre Cary Grant et James Stewart, pas si mal ! Mais si ces deux acteurs de légende sont irrésistibles, tout comme le casting de personnages secondaires, tous formidables comme le sont toujours les seconds couteaux dans les films de cette veine, Indiscrétions est avant tout un écrin pour le génie de Katharine Hepburn, et celui de George Cukor. Le mariage de la classe et de l’élégance, de la brillance et du refus des convenances.  

 Reprenant sans effort apparent le rôle d’héritière capricieuse avec lequel elle a déjà triomphé sur les planches, mais se moquant plus ouvertement de sa propre image, Katharine Hepburn retrouvera grâce à Indiscrétions les faveurs du public. Elle commence alors son règne de superstar à la MGM. Le film connaîtra en 1956 un remake, Haute société de Charles Walters, avec Grace Kelly, Bing Crosby, Frank Sinatra et Louis Armstrong. Plus léger, certes, mais tout aussi idéal en ces temps difficiles, pour retrouver le sourire.

 

 

The Philadelphia Story lobby card, 1940

 

Indiscrétions, 1940. (The Philadelphia Story) De George Cukor. Avec Katharine Hepburn, Cary Grant, James Stewart, Ruth Hussey, Virginia Weidler, Roland Young, John Howard, Mary Nash.