Joie de Vivre : « Vacances romaines »

by Jean-Paul Chaillet and Juliette Michaud April 13, 2020
A scene from "Roman Holiday", 1953

paramount pictures

Besoin d’un film charmant, délicieux et intemporel pour vous remonter le moral pendant le confinement ? Que diriez-vous de Vacances romaines, de William Wyler? Bonheur garanti.

Audrey Hepburn et Gregory Peck sillonnant les rues de Rome en vespa ou mangeant une glace sur les escaliers de la Piazza di Spagna… Comment ne pas tomber amoureux de cet irrésistible couple de cinéma et de leur brève romance si délicate, si émouvante. La fraîcheur radieuse et le look iconique d’Audrey (crée par la grande Edith Head), sa coupe courte que toutes les filles allaient vouloir imiter. Le charisme de Gregory Peck, qui, à 37 ans, empruntait au registre comique de Cary Grant, et poussa l’élégance jusqu’à faire mettre le nom d’Audrey Hepburn au-dessus du sien sur l’affiche du film, conscient que cette jeune inconnue en était « la vraie vedette ». Toutes ces images mythiques ont incarné, sept ans avant le film de Fellini, la Dolce Vita, une douceur de vivre à l’italienne qui, aujourd’hui, nous apparaît plus précieuse que jamais.

Vacances romaines, petit bijou de la Rom-Com, ou faudrait-il dire « Rome-Com », c’est bien sûr le film qui a révélé Audrey Hepburn et en a fait une star. Alors que règnent les Sophia Loren et les Marilyn Monroe, elle impose au cinéma un charme tout nouveau de « garçonnet manqué », lançant ainsi la mode des gamines dont sont issues Shirley MacLaine, Leslie Caron ou Jean Seberg. Sa performance à travers laquelle elle exprime la sensibilité du temps, sans maniérisme ni affectation, lui vaudra, à 24 ans, le Golden Globe de la meilleure actrice dramatique, et l’Oscar de la meilleure actrice.

Audrey Hepburn fut la première étonnée de son fulgurant succès. « Je me souviens avoir été très impliquée dans le ballet classique mais je ne prenais pas les films au sérieux », se souviendra-t-elle en effet des années plus tard. « Pour gagner un peu d’argent de poche, j’ai fait des apparitions dans des films mais c’était juste pour gagner quelques sous en plus. Je ne pensais pas que cela serait ma carrière ». 

Ses débuts font partie de la légende. Elle tourne sur la côte d’Azur Nous irons à Monte-Carlo quand elle est repérée par la romancière Colette en vacances, qui décide d’en faire sa « Gigi » à Broadway. C’est un triomphe, qui lui ouvre les portes d’Hollywood.  Dans Vacances romaines, Audrey joue une princesse, Ann, qui, en voyage officiel à Rome, s’échappe pour profiter des joies de la ville éternelle. Lors de sa fugue, un journaliste américain, Joe Bradley, lui fait vivre les vacances romaines dont elle rêvait en pensant en faire le scoop de sa vie.

Le scénario est signé du prolifique Dalton Trumbo, soucieux comme Joe Bradley dans le film, de se faire un peu d’argent. Blacklisté à Hollywood, Trumbo doit toujours écrire sous un prête-nom, mais sa plume gage de qualité séduit William Wyler. Ce vétéran d’Hollywood (Les plus belles années de notre vie, Ben-Hur), accepte toutefois de faire le film à la seule condition de tourner en décors naturels, afin de rendre toute la vitalité de Rome. La Paramount accepte en émettant à son tour un véto : que le film soit tourné « cheap », pour 1 million de dollars, autrement dit en noir et blanc.

L’instinct de William Wyler est infaillible. C’est lui, après un casting digne de celui d’Autant en emporte le vent pour trouver la bonne Scarlett O’Hara, qui insiste pour donner sa chance à la débutante Hepburn au lieu d’une star établie comme Elizabeth Taylor (le choix initial).  Les essais désarmants de naturel d’Audrey, sa « drôle de frimousse », sa sophistication européenne et une certaine mélancolie l’ont tant bluffé qu’il a demandé à son cameraman, à la fin du test, de laisser la caméra tourner, révélant l’extraordinaire spontanéité, la grâce et la sincérité qui vont faire la marque d’Audrey. Le maestro a trouvé sa princesse. 

En 1990, lorsque Audrey Hepburn reçut le Cecil B. DeMille Award à la quarante-septième cérémonie des Golden Globes, elle ne manqua pas de remercier ses mentors et amis de toujours : Gregory Peck, et William Wyler avec qui elle tourna deux autres films, La rumeur (1961), et Comment voler un million de dollars (1966). Dans les années 70, il fut question de donner une suite à Vacances romaines avec le couple Hepburn/Peck reformé, mais le projet tomba finalement à l’eau. Peccato

 

Vacances romaines (Roman holiday), 1953. De William Wyler. Avec Audrey Hepburn, Gregory Peck, Eddie Albert, Margaret Rawlings, Harcourt Williams.