LE MONDE SELON WES!

by HFPA January 1, 2015

Armando Gallo/HFPA

“Je fais tout pour éviter l’avion. J’en ai pris un seulement une fois en deux ans et demi : c’était il y trois jours, pour venir vous voir. Et j’ai déjà mon ticket de retour en bateau pour repartir en Europe ”.

Rencontrer Wes Anderson est déjà une expérience cinématographique en soi, tant son look de dandy bcbg aux grandes mains délicates et son costume comme emprunté au renard de Fantastic Mr. Fox, le renvoie tout droit à son propre petit monde.  Alors l’imaginer retourner de New York, où il donnait en février dernier une conférence de presse exclusive pour la HFPA, à Paris où il habite, à bord d’un confortable bateau de croisière par pure phobie des avions, rend plus attendrissante et plus cohérente encore la vision néo-nostalgique dans laquelle il nous plonge depuis ses tout débuts… Il y a déjà vingt ans déjà, alors que cet autodidacte qui travaillait à mi temps comme projectionniste dans son Texas natal, venait de rencontrer à la fac de philo un certain Owen Wilson…

De Bottle Rocket (1994) et Rushmore (1998), à The Royal Tenenbaums (2001) et The Life Aquatic with Steve Zissou (2004), de The Darjeeling Limited (2007) (pour lequel il s’était aventuré au Rajasthan!), à Moonrise Kingdom (2012), une création de Wes Anderson, cela a souvent été dit, est reconnaissable à la première image, au premier plan. Qu’il s’agisse d’un plan fixe ou d’un trépidant travelling, sa spécialité très kubrikienne. Parfois, même, Le temps des copains de Françoise Hardy posé sur un vieil électrophone peut donner un indice…

Avec The Grand Budapest Hotel, brillante extravagance ancrée dans un Mitteleuropa imaginaire des années 30, Wes Anderson a encore poussé plus loin la fantaisie minutieuse, pour ne pas dire maniaque, et colorée, de son univers si personnel, et cette folie à tous les étage d’un d’hotel rose sucre a payé. Au croisement des aventures de Tintin  - depuis Fantastic Mr. Fox (2009), Wes Anderson dit utiliser pour tous ses films un storyboard comparable à ceux utilisés en animation - et du romanesque suranné de Stefan Zweig, son huitième long métrage est son plus abouti. Son plus sombre aussi puisque s’y profile l’ombre du nazisme. Et son plus loué tant par les critiques que par le public, plaçant une bonne fois pour toutes cet éternel gamin de 45 ans issu de la génération revitalisante des Paul Thomas Anderson, Spike Jone et Sofia Coppola, dans la cour des plus grands.

Et faisant de lui l’un des favoris les plus inattendus des Golden Globes avec quatre nominations : meilleur film dans la catégorie Musical ou comédie, meilleur réalisateur et meilleur scénario, et meilleur acteur pour Ralph Fiennes, jubilatoire dans le rôle du maverick concierge Mr. Gustave.

Car le grand plaisir que donnent les films de Wes Anderson, c’est aussi de retrouver à chaque fois sa troupe, ou plutôt sa famille, d’acteurs, celle qu’il s’est très vite composée pour palier la fracture de sa propre tribu (la famille Tenenbaums était une version à peine exagérée de celle des Anderson).

Dans The grand Budapest Hotel, le casting compte pas moins d’une douzaine d’acteurs reconnaissables (ou non, comme Tilda Swinton noyée sous les rides). Parmi lesquels Bill Murray, bien sûr, l’acteur fétiche, la figure paternelle, Jason Schwartzman, le Antoine Doinel du réalisateur, Owen Wilson, le collaborateur de toujours, Edward Norton, Willem Dafoe, Adrian Brody, Jeff Goldblum, Harvey Keitel, F. Murray Abraham, Mathieu Amalric et Lea Seydoux pour l’hommage à la frenchitude… Sans oublier Tony Revolori, le génial petit groom découvert dans un casting à Los Angeles. Mais aussi Jude Law, car le malicieux Mr. Anderson adore détourner l’image des stars, qu’elles s’appellent George Clooney, Meryl Streep, Cate Blanchett ou Bruce Willis.

Certes, le metteur en scène de The Grand Budapest Hotel n’est pas un novice dans la rituelle course annuelle aux Prix hollywoodienne.. N’empêche qu’on a hâte de le voir fouler notre tapis rouge le 11 Janvier : viendra t-il en bateau ou en avion ? En Prada ? (la marque sponsor de plusieurs de ses courts-métrages)? Aux bras de sa compagne, la charmante scénariste et illustratrice libanaise June Malouf ?

En attendant, bonne nouvelle: Wes Anderson a annoncé qu’il envisagerait un nouveau fim en stop-motion animation, cette fois inspiré de la comédie italienne de Vittorio De Sica L’or de Naples, film à sketches de 1954 bourré de ces personnages hauts en couleur et pince sans rire dont il raffole. Brava!

Jean-Paul Chaillet