Spike Lee: «Da 5 Bloods fait le lien entre le passé et le présent»

by Henry Arnaud June 15, 2020
Filmmaker Spike Lee, Golden Globe nominee

armando gallo/hfpa

Three-time Golden Globes Nominee, Spike Lee never shied away from black issues. From Malcolm X to BlacKkKlasman or Jungle Fever and Do The Right Thing, the director is always mixing issues, politics & entertainment. He's doing the same with Da 5 Bloods, on Netflix, with the Vietnam war and today's reality of the black community in the USA.

Nominé trois fois pour un Golden Globe, Spike Lee est devenu le plus important des artistes à défendre une discrimination positive en faveur des noirs. De Malcolm X à son film précédent BlacKkKlasman en passant par Jungle Fever, Spike Lee a toujours été un identitaire noir assumé. Et il l'est encore une fois dans Da 5 Bloods, disponible sur Netflix.

Quelle a été la genèse de votre nouveau film?

Le scénario original a été écrit par Danny Bilson et Paul De Meo. Il s'appelait The Last Four et retraçait l'histoire de 4 anciens militaires blancs américains de la guerre du Vietnam qui retournaient dans ce pays pour récupérer un trésor d'or qu'ils avaient enterrés. Mon co-producteur, Lloyd Levin, avait mis une option sur ce script pour Oliver Stone. Après deux ans de réflexion, Stone a dit qu'il n'était pas intéressé. Levin a lu un article où j'avais discuté de mon amour pour Le trésor de la Sierra Madre, réalisé par John Huston en 1948. Ce film suit deux aventuriers, Humphrey Bogart et Tim Holt à la d'un trésor au Mexique avec Walter Huston. Il y a donc des similitudes avec leur script. Nous nous sommes rencontrés avec mon co-auteur Kevin Willmott et nous avons accepté ce scénario à condition de faire quelques changements.

Lesquels?

Pour commencer, je voulais avoir des vétérans noirs américains qui retournent au Vietnam, au cœur de l'intrigue, pas des blancs. Cela me permet de parler de la situation actuelle des noirs en Amérique mais aussi de la manière dont ces militaires de couleur ont été traités à l'époque de cette guerre. Da 5 Bloods fait le lien entre le passé et le présent.

Quels sont vos souvenirs de la guerre du Vietnam?

Je suis né en 1957 et j'avais donc 10 ans. J'étais assez vieux pour me souvenir en détails de ce qui se passait mais suffisamment jeune pour ne pas être appelé d'office par l'armée. La guerre du Vietnam a été la première à être diffusée à la télé en Amérique. C'est pour cela que j'ai tenu à filmer en Super 16 la partie documentaire de Da 5 Bloods sur la guerre. Cela fait plus réel, plus d'époque. J'ai des souvenirs tout aussi vivace des mouvements de protestations contre la guerre et des discours de Martin Luther King ainsi que des émeutes lorsqu'il a été assassiné en 1968. Tout cela fait parti de l'ADN de mes films d'une manière ou d'une autre.

Da 5 Bloods devait avoir sa Première mondiale en mai lors du festival du film de Cannes. Déçu?

Les projets de tous ont été bouleversés avec ce virus. Je devais être Président du jury et mon film devrait être projeté hors compétition avant de sortir dans certaines salles de cinéma puis d'arriver sur Netflix. L'idée était de suivre le même plan que celui de Scorsese l'an passé pour The Irishman. Et puis un truc qui s'appelle le Covid-19 a foutu tous mes plans en l'air. C'est la manière de Dieu de rappeler qu'on ne peut rien prévoir. Je ne suis pas déçu et je retournerais à Cannes d'une manière ou d'une autre. Le principal est que Da 5 Bloods soit vu par le plus grand nombre.

Vous avez engagé Jean Reno pour incarner un français peu recommandable dans votre film. Pourquoi?

Jean et moi nous connaissons depuis des années et j'ai toujours voulu l'inclure dans un de mes films. Il fallait juste trouver le bon projet, même si cela a pris 20 ans. Les français étaient au Vietnam avant les américains, du temps de l'Indochine. Il m'a donc semblé indispensable d'inclure cela dans Da 5 Bloods.

Mélanie Thierry dit avoir beaucoup appris avec vous car vous savez pousser vos acteurs pour qu'ils donnent le meilleur d'eux devant votre caméra...

Est-ce qu'elle veut dire que je suis réalisateur nazi? (NDLR : Spike éclate de rire). Je sais ce que je veux et ce que j'attends. J'ai passé une semaine à Paris pour rencontrer plusieurs comédiennes et en choisir une pour mon film. Mais je vais vous faire une confidence que même Mélanie ne sait pas: j'étais certain de vouloir l'engager dès notre première rencontre.